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Christian Magnan
La déviation des rayons lumineux au voisinade du Soleil est l'un des premiers effets spectaculaires de la théorie de la gravitation façon Einstein. Mais comment calcule-t-on cet effet? Il n'y a pas de façon simple d'y arriver car pour mener à bien le calcul il faut plonger dans la théorie de la relativité générale. Que voilà donc une bonne occasion de découvrir cette théorie tout en l'illustrant sur un exemple!
La dérivation des équations s'inspire directement de la présentation qu'en donnent Edwin F. Taylor et John Archibald Wheeler dans leur livre "Exploring Black Holes, Introduction to General Relativity" (Addison Wesley Longman, 2000).
La relativité générale nous apprend qu'en se propageant dans l'espace un photon de lumière suit une «géodésique» de l'espace-temps. Il nous faut donc:
Considérons par exemple un vaisseau spatial se déplaçant librement dans l'espace, c'est-à-dire en ayant coupé tous ses moteurs. Nous imaginons qu'il émet des éclairs à intervalles réguliers en accord avec une horloge située dans l'habitacle. Appelons
cet intervalle temporel local entre deux éclairs successifs (mesuré donc par rapport au temps propre du vaisseau). Considérons maintenant un autre repère, que l'on peut imaginer comme étant constitué par un ensemble de bouées de l'espace, également libres de toute accélération, fixes les unes par rapport aux autres (chacune reste à la même distance de ses voisines), chacune portant à la fois une indication de sa position (par exemple sa distance à une origine donnée) et sa propre horloge. Les horloges de ce deuxième repère sont synchronisées entre elles. Dans ce repère l'intervalle entre deux éclairs (deux événements) est caractérisé par deux nombres: l'intervalle spatial
et l'intervalle temporel
. Pour les trouver il suffit de répérer quelle bouée est en face de l'éclair no1 et quelle est celle en face de l'éclair no2 et de noter l'heure des événements.
Le principe sur lequel se fonde la relativité restreinte est le suivant. L'intervalle de temps propre
entre l'événement no1 et l'événement no2 est donné par la formule
| (1) |
Remarque importante: sauf indication contraire, et c'est le choix qui a été fait en écrivant l'équation (1), les distances seront exprimées ici en unités de temps (comme on le fait souvent en astronomie). Si on utilisait au contraire une distance
exprimée en unités «courantes», par exemple en centimètres, on devrait passer de cette dernière à notre distance
exprimée en secondes par la formule
où
est la vitesse de la lumière en unités courantes, soit
cm/s. (La convention (commode!) d'exprimer distance et temps dans une même unité équivaut à prendre la vitesse de la lumière égale à l'unité.)
En relativité générale, le principe selon lequel l'intervalle de temps propre est indépendant du repère choisi reste valable, mais seulement localement, c'est-à-dire à condition de rester à l'intérieur d'une région suffisamment petite de l'espace-temps (la taille dépendant de la précision requise). La nouveauté principale concerne l'expression du temps propre donné par la formule (1), laquelle s'exprimera en fonction de coefficients dépendant du point considéré de l'espace-temps et prendra le nom de métrique. En fait toute la structure de l'espace-temps, et notamment sa courbure, est contenue dans l'expression locale de
et dans la forme des coefficients qu'elle contient.
Nous nous intéressons ici à la structure de l'espace-temps autour du Soleil. Pour écrire les choses localement nous considérons deux événements voisins, séparés par un écart infinitésimal des coordonnées temporelle et spatiales
,
,
et
. Si l'espace était plat, la métrique serait de la forme
| (2) |
où r représente la distance au centre et
un angle azimutal dans le plan considéré (voir la figure ci-dessous) .

Mais l'espace-temps autour d'un astre gravitant de masse
(trou noir, voisinage du Soleil) n'est pas plat. Il est décrit par la métrique de Schwarzschild
| (3) |
Extasions-nous: TOUTE la structure de l'espace-temps est contenue dans cette "simple" formule (3). Même le fameux trou noir est tapi derrière ces symboles.
Remarque: en quelle unité est exprimée la masse
dans cette formule? On voit que
a les dimensions d'une longueur, grandeur que nous exprimons ici en secondes. Donc
est exprimée en secondes, la formule de conversion entre la masse en grammes et la masse en secondes étant
La métrique, c'est-à-dire (très exactement) l'expression en un point de l'espace-temps de l'intervalle temporel entre deux événements voisins, traduit la présence d'une courbure de l'espace-temps dès l'instant où cette expression s'écarte de celle donnée en (2) correspondant à un espace euclidien. Cette métrique va nous permettre de caractériser le mouvement d'un corps libre de toute accélération. En effet, la relativité restreinte et la relativité générale nous apprennent qu'entre deux événements
et
, un corps libre suit le chemin qui rend maximum l'intervalle temporel
. On peut dire de façon équivalente qu'un corps libre suit une géodésique de l'espace-temps et que cette propriété de maximisation de l'intervalle temporel constitue la définition d'une géodésique.
Définition d'une géodésique: La géodésique entre deux événementset
est la ligne d'univers qui rend maximum l'intervalle de temps propre entre
et
.
C'est cette propriété de maximisation du temps propre qui va nous permettre de trouver les équations d'une géodésique. Elle va également nous donner l'expression de l'énergie et du moment angulaire d'une particule orbitant autour du centre attractif.
| (4) |
Pour ne pas faire tout varier à la fois, nous supposons dans cette expérience que la position des rayons
,
et
est fixée et que seul l'instant
où est émis l'éclair no2 varie. D'après la formule (3) l'intervalle temporel propre pour le premier segment
est donné par son carré
| (5) |
| (6) |
Le temps écoulé sur le segment
entre les événements
et
est
, et par conséquent la durée propre
est donnée par
| (7) |
| (8) |
Pour rendre maximum l'intervalle temporel total
par rapport à une variation
du temps
, nous écrivons
| (9) |
| (10) |
La quantité mise en évidence dans l'équation (10) ne dépend pas du segment choisi pour la calculer. C'est donc une constante du mouvement de la particule libre considérée. De bonnes raisons physiques (en particulier pour retrouver les formules de la relativité restreinte) conduisent à identifier cette constante comme le rapport de l'énergie du corps en mouvement à sa masse. Nous écrivons donc ce résultat capital sous la forme
| (11) |
Incidemment on remarque qu'avec les unités que nous avons choisies, l'énergie
et la masse
s'expriment avec la même unité, par exemple la seconde.
Le raisonnement se développe comme dans la section précédente. D'après la métrique (3), l'intervalle temporel
sur le premier segment est donné par son carré
| (12) |
| (13) |
| (14) | |||
| (15) |
| (16) |
| (17) |
| (18) | |||
| (19) |
Il nous manque l'expression de
. Nous l'obtenons en portant ces valeurs de
et
dans l'équation (3) de la métrique et en résolvant en fonction de
, ce qui donne
| (20) |
En faisant le rapport membre à membre des équations (20) et (19), on aboutit directement à l'équation de la trajectoire en coordonnées polaires
| (21) |
Cependant il se trouve qu'en considérant un corps dont on fait tendre la masse vers zéro on aboutit à des résultats corrects. Ainsi pour
notre équation (21) devient
| (22) |
Mais précisons les paramètres intervenant dans les formules. Tout d'abord le moment angulaire du mobile évalué à l'infini est par définition le produit de son moment linéaire
par ce que l'on appelle le "paramètre d'impact", noté
et représentant la distance du centre attractif (ici le Soleil) à la directon incidente de la particule en chute libre (voir la figure).

Autrement dit
| (23) |
| (24) |
| (25) |
Il faut préciser un dernier point: la relation entre les deux quantités
et
que nous avons introduites, et qui, bien entendu, ne sont pas indépendantes. Le point
correspond au point où le photon lumineux passe le plus près du Soleil. En ce point, le mouvement du photon est donc purement tangentiel. Ne contenant aucune composante radiale, nous pouvons écrire qu'en ce point la dérivée
est nulle. Il suffit de prendre le
déduit de l'équation (25) pour trouver
| (26) |
| (27) |
La forme de l'expression nous dicte de poser
| (28) |
Par conséquent la variation
de l'azimut est donnée en fonction de la variation
de
par
![]() |
(29) |
La présence du terme
dans l'expression (29) nous engage à faire le changement de variable
| (30) |
En notant que
| (31) |
Il est intéressant de noter que jusqu'à ce point nous n'avons fait aucune approximation.
Dans l'équation (31) nous pouvons donc utiliser l'approximation classique
pour aboutir à
| (32) |
![]() |
(33) | ||
![]() |
(34) | ||
| (35) |

Le premier terme
représente la variation totale de l'azimuth du photon en l'absence de Soleil, le photon se propageant alors en ligne droite. C'est le second terme qui fournit la déviation additionnelle
par rapport à cette ligne droite
(voir figure ci-dessus)
| (36) | |||
| (37) |
Numériquement, à la surface du Soleil, avec les valeurs déjà indiquées de la masse et du rayon solaires, on trouve
radian, ou (puisque
radians valent 180 degrés, qu'un degré vaut 60 minutes d'angle et une minute 60 secondes d'angle)
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Nikos Drakos,
Computer Based Learning Unit, University of Leeds.
Copyright © 1997, 1998, 1999,
Ross Moore,
Mathematics Department, Macquarie University, Sydney.
The command line arguments were:
latex2html DeviationLumiere
The translation was initiated by Christian Magnan on 2007-01-09
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Christian Magnan 2007-01-09 |
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